Clinique  du  voyageur

Diarrhée  du  voyageur  ou  Tourista

Il s’agit de la pathologie liée au voyage la plus fréquente.
En respectant les règles d’hygiène, le risque est diminué néanmoins des études ont démontré comme même en étant attentif, la diarrhée du voyageur n’est pas toujours évitée. Ceci peut s’expliquer par une hygiène insuffisante dans certains restaurants locaux.


Agents pathogènes

Plusieurs pathogènes sont incriminés : les bactéries sont responsables de 80-90% des cas (Escherichia coli enterotoxigène, campylobacter jejuni, shigella, salmonella), les virus de 5 à 8% des cas (norovirus, rotavirus, astrovirus,…). Le reste des cas s’expliquent par des intoxications alimentaires liées à l’ingestion de toxines bactériennes dans la nourriture ce qui provoque des nausées et vomissements qui se résolvent en moins de 12 heures. Les infections parasitaires provoquent des diarrhées se présentant de façon moins aiguë et se rencontrant plus fréquemment chez les voyageurs à long terme (Giardia (le plus fréquent), amibes, cryptosporidium, cyclospora, dientamoeba fragilis).


Epidémiologie et risque pour le voyageur

Le risque de diarrhée est considéré comme bas en Europe occidentale, Amérique du Nord, Australie, Nouvelle Zélande, Japon. Le risque est intermédiaire en Europe de l’Est, Afrique du Sud et certains pays des Caraïbes. Le risque est élevé dans la majorité des pays d’Asie, Proche et Moyen Orient, Afrique, Mexique, Amérique latine.

Les conditions d’hygiène dans lesquelles les aliments sont préparés, sont fondamentales pour éviter la contamination des aliments par des microorganismes (Lavage des surfaces de travail, du matériel de cuisine, des mains, accès à de l’eau non contaminée, absence de rupture dans la chaîne du froid,…).


Présentation clinique

Les diarrhées d’origine bactérienne débutent subitement avec des symptômes allant de crampes légères avec diarrhées liquides, à des douleurs abdominales sévères accompagnées de fièvre, vomissements et diarrhées sanglantes. En absence de traitement les symptômes persistent 3 à 5 jours.

Les diarrhées d’origine virale ont une présentation comparable, si ce n’est que les vomissements prédominent en cas d’infection à norovirus. Les symptômes en cas d’origine virale persistent en général 2-3 jours.

Les diarrhées d’origine parasitaire se manifestent plus progressivement, avec des symptômes en général moins marqués. Elles peuvent par contre persister longtemps en absence de traitement causal.

Parfois des troubles digestifs peuvent persister à distance de l’épisode aigu après élimination de l’agent causal (Colon irritable). Rarement, des complications se manifestent ultérieurement, tel que arthrite réactive ou syndrome de Guillain Barré.


Prévention
  • Sélection des boissons et aliments consommés
    Il faudra être attentif à boire des boissons minérales, fermées hermétiquement, ou qui ont été stérilisées (bouillies et éventuellement filtrées). Il faudra éviter l’eau du robinet, les glaçons, les boissons reconstituées avec de l’eau non traitée, les aliments crus lavés à l’eau (salades,…). Les fruits et légumes seront pelés ou lavés avec de l’eau traitée. Mieux vaudra manger des aliments qui viennent d’être cuits plutôt que des aliments préparés depuis un certain temps et réchauffés. La viande et le poisson crus ou peu cuits, les fruits de mer sont également à risque et à éviter. Il est conseillé également de se laver les mains à l’eau et au savon ou avec des gels désinfectants à base d’alcool de façon à réduire la probabilité d’infections. En voyage nous n’avons néanmoins pas de contrôle sur l’hygiène avec laquelle les aliments sont préparés dans les restaurants, dès lors il persiste toujours un petit risque de développer une tourista.


  • Traitement de l’eau
    Si de l’eau du robinet doit être consommée, il faudra soit la bouillir, soit la désinfecter avec du chlore (gouttes (Hadex, Drinkwell chlore), comprimés de chlore (Micropur forte, Certisil Combina) ou de chloramine (Chloramina pura, Chloraseptine, CLonazone)). Si on est amené à consommer de l’eau trouble, il faudra d’abord la filtrer avant de la désinfecter. Les voyageurs aventureux ont donc intérêt à acheter un filtre à eau portabe. (Pour plus de détails, référez-vous au Medasso, chapitre IV).


  • Antibiothérapie prophylactique
    Dans la majorité des cas, l’antibiothérapie prophylactique pour éviter la diarrhée n’est pas recommandée. Celle-ci peut provoquer des effets secondaires, favoriser l’émergence de résistance. Elle ne protège pas contre les virus et les parasites. Néanmoins, elle diminue la probabilité de développer un épisode de diarrhée et peut être envisagée pour une courte période, dans un contexte à haut risque et lorsque la survenue de diarrhée serait fort problématique (séjour professionnel de courte durée, compétition sportive…). Nous préférons recommander l’usage rapide d’antibiotique adéquat lors de la survenue d’un épisode aigu de diarrhées, ce qui permet en général d’en limiter la durée à moins de 24 heures.

Traitement
  • Réhydratation
    La réhydratation est primordiale en cas de diarrhées. Les jeunes enfants et les personnes vulnérables sont particulièrement à risque de se déshydrater rapidement. Il faudra boire des quantités suffisantes de liquide, contenant du sel et du sucre.

    Une solution de réhydratation peut être confectionnée en ajoutant à un litre de liquide, 5 cuillères à café rase de sucre, et une demi cuillère à café de sel.

    Il existe dans le commerce des préparations de réhydratation toutes faites (ORS, sérolyte) que l’on privilégiera pour les jeunes enfants pour éviter toute erreur de dosage. L’allaitement peut être poursuivi, et entre les tétées, une solution de réhydratation sera administrée (chez les moins de 2 ans, 50 à 100ml de solution ORS après chaque selle liquide, chez les plus de 2 ans 100 à 200 ml).

    Pour les adultes, n’importe quel liquide non infecté conviendra (thé, bouillon, sodas, jus de fruits), accompagné de biscuits salés, de chips ou de riz bien salé.


  • Traitement symptomatique
    Un traitement symptomatique réduisant la fréquence des diarrhées (Imodium, 1 comprimé après chaque selle abondante, maximum 4 par jour chez l’adulte, à ne pas administrer avant l’âge de 2 ans), et soulageant la fièvre (Paracetamol), les vomissements (Motilium, Primperan) et les crampes abdominales (Buscopan, spasmomen) sera bienvenu.


  • Antibiotiques
    Une diarrhée modéré, qui se résout en 24-48h ne nécessitera pas de traitement antibiotique. En cas de diarrhée persistante ou plus sévère c'est-à-dire sanguinolente, purulente ou accompagnée de fièvre élevée ou de crampes abdominales, un traitement antibiotique sera indiqué. En cas de diarrhée sévère, l’Imodium sera évité (pour éviter de « retenir » les germes dans l’intestin).

    Pour une diarrhée non compliquée, en général un traitement d’une journée suffira. En absence de réponse satisfaisante après le premier jour, on prolongera le traitement pour un total de 3 jours. En cas de diarrhée compliquée on prendra le traitement 3 à 5 jours. Si la situation venait à se dégrader, il faudra rechercher des soins médicaux. Chez le jeunes enfant, la femme enceinte et la personne âgée mieux vaut rapidement faire appel à un médecin.

    L’Azithromycine (Zitromax) est l’antibiotique préconisé chez les enfants de moins de 15 ans, chez les femmes enceintes et de façon générale pour tous les voyageurs en Asie du Sud Est. Chez l’enfant, la posologie est de 10mg par kg de poids corporel par jour. Chez l’adulte, la dose est de 500mg par jour.

    Dans les autres situations, une quinolone sera utilisée : ofloxacine (Tarivid) 400mg une fois par jour ou ciprofloxacine (Ciproxine) 500 mg 2 fois par jour.

    L’auto-traitement par antibiotique est appliqué au cours du voyage si nécessaire. Une fois de retour en Belgique, il est recommandé de consulter son médecin en cas de symptômes, plutôt que de s’auto-traiter.


Source/Rédaction/Publication : Webmaster Travel Clinic
Dernière mise à jour : 16/01/2012